LE GARAGE DE LISO

Micro création. Plus de maison. La vie balance de l instabilité. Dormir ici et là. Des hauts et des bas que je prends en vole et colle, en bas, sous mes pas. Un par un. Petit à petit. Reconstruction. 

Certains disent, si l on est un artiste on crée tous le temps. Quelles que soient les conditions. Pas vrai. Pas peur, de dire. Vous avez tord. Un artiste a besoin d amour, de n importe où, de quelque part. Et d un sol où les pieds se posent. Pour s envoler.

Pour s envoler, il faut la terre, il faut la mer. Si on a que l air alors on tombe, sans cesse. On  ne vole pas. Réfléchir à ça. Pour s envoler il faut la terre. Pour s envoler, il faut la mer.

Micro création en attendant un environnement plus clément. Sécurité, stabilité. Pour faire s étendre les projets.

Micro création de voile d ail, de mât d allumette, étanchéifié à la cire de bougie. Je rêve mon petit bateau sur les crêtes de la vie. Des hauts et des bas. Résistant autant que moi. Allant vers un port plus sûr, une baie plus abritée, des rochers plus immobiles. Cherchant la terre et cherchant la mer, pour s envoler. Pour faire s étendre les projets. Réfléchir à ça. Chercher la terre, chercher la mer. Et s envoler. 

Micro création. Plus de maison. La vie balance de l instabilité. Dormir ici et là. Des hauts et des bas que je prends en vole et colle, en bas, sous mes pas. Un par un. Petit à petit. Reconstruction. 

Certains disent, si l on est un artiste on crée tous le temps. Quelles que soient les conditions. Pas vrai. Pas peur, de dire. Vous avez tord. Un artiste a besoin d amour, de n importe où, de quelque part. Et d un sol où les pieds se posent. Pour s envoler.

Pour s envoler, il faut la terre, il faut la mer. Si on a que l air alors on tombe, sans cesse. On  ne vole pas. Réfléchir à ça. Pour s envoler il faut la terre. Pour s envoler, il faut la mer.

Micro création en attendant un environnement plus clément. Sécurité, stabilité. Pour faire s étendre les projets.

Micro création de voile d ail, de mât d allumette, étanchéifié à la cire de bougie. Je rêve mon petit bateau sur les crêtes de la vie. Des hauts et des bas. Résistant autant que moi. Allant vers un port plus sûr, une baie plus abritée, des rochers plus immobiles. Cherchant la terre et cherchant la mer, pour s envoler. Pour faire s étendre les projets. Réfléchir à ça. Chercher la terre, chercher la mer. Et s envoler. 

Morning pages

Extraordinaire. Ecrire trois pages le matin, chaque matin, tous les matins, change la vie. Un flux de pensée que je jette sur le papier pendant trois pages A5. Je ne relis pas. Ce qui est important c est de s assoir et d écrire le matin, chaque matin, tous les matins. J ai fait un petit panneau pour la porte de mon bureau. Comme ça on ne me dérange pas. Rituel. Sacré. Pourquoi ? 

Parce que. Ca permet d être plus authentique et d avoir une conscience plus claire de qui l on est. De ce qu on ressent vraiment, de ce qu on fait. Ca permet de rester ancré dans le présent. Présent où se trouve la joie. La reconnaissance pour cette joie. Présent où se trouve le plaisir. Ca permet d augmenter sa sensation d existence. Ca permet de résoudre les problèmes. D avancer plus vite. Ca permet d être plus ouvert à soi même et plus ouvert aux autres. D être plus heureux.
C est une question d hygiène mentale en fait. De la même façon qu on lave son corps avec une douche, on lave son esprit avec les morning pages.

J ai lu à propos des morning pages ( prononcer « morning pagiz » )dans le livre de Julia Cameron, The Artist’s Way. Un self help book, qui a pour but de libérer sa créativité. Au début, les morning pages ont été pensées pour les artistes. Elles fonctionnent pour tout le monde. Ecrire les morning pages, c est remuer chaque matin le terreau des projets qui vont pousser prochainement. Il n est pas nécessaire d être un artiste pour avoir des projets. Donc les morning pages marchent pour tout ceux qui veulent être les jardiniers de leur vie. En un peu plus actifs, et un peu plus conscients.


Qu est ce qu on écrit dans des morning pages ? Peu importe. On écrit ce qu on peut. Jusqu à ce que les trois pages soient finies. A force de les écrire, on trouve ce que l on a à dire. Ce qui nous préoccupe. C est comme un meeting avec soi même tous les matins. Comme un brainstorming au sommet. Il faut essayer pour comprendre. 

Morning pages

Extraordinaire. Ecrire trois pages le matin, chaque matin, tous les matins, change la vie. Un flux de pensée que je jette sur le papier pendant trois pages A5. Je ne relis pas. Ce qui est important c est de s assoir et d écrire le matin, chaque matin, tous les matins. J ai fait un petit panneau pour la porte de mon bureau. Comme ça on ne me dérange pas. Rituel. Sacré. Pourquoi ? 

Parce que. Ca permet d être plus authentique et d avoir une conscience plus claire de qui l on est. De ce qu on ressent vraiment, de ce qu on fait. Ca permet de rester ancré dans le présent. Présent où se trouve la joie. La reconnaissance pour cette joie. Présent où se trouve le plaisir. Ca permet d augmenter sa sensation d existence. Ca permet de résoudre les problèmes. D avancer plus vite. Ca permet d être plus ouvert à soi même et plus ouvert aux autres. D être plus heureux.

C est une question d hygiène mentale en fait. De la même façon qu on lave son corps avec une douche, on lave son esprit avec les morning pages.

J ai lu à propos des morning pages ( prononcer « morning pagiz » )dans le livre de Julia Cameron, The Artist’s Way. Un self help book, qui a pour but de libérer sa créativité. Au début, les morning pages ont été pensées pour les artistes. Elles fonctionnent pour tout le monde. Ecrire les morning pages, c est remuer chaque matin le terreau des projets qui vont pousser prochainement. Il n est pas nécessaire d être un artiste pour avoir des projets. Donc les morning pages marchent pour tout ceux qui veulent être les jardiniers de leur vie. En un peu plus actifs, et un peu plus conscients.

Qu est ce qu on écrit dans des morning pages ? Peu importe. On écrit ce qu on peut. Jusqu à ce que les trois pages soient finies. A force de les écrire, on trouve ce que l on a à dire. Ce qui nous préoccupe. C est comme un meeting avec soi même tous les matins. Comme un brainstorming au sommet. Il faut essayer pour comprendre. 

Ma mère s est mise à la peinture, je lui ai emprunté quelques couleurs pour faire ce petit tableau. Une sorte d ode à un sachet de thé. J adore les sachets de thé. Et les cuillères.
Je suis fan des objets quotidiens, et c est plus pratique que d être fan de Lady Gaga. Je vois mes idoles quotidiennement pour pas très cher. 

Ma mère s est mise à la peinture, je lui ai emprunté quelques couleurs pour faire ce petit tableau. Une sorte d ode à un sachet de thé. J adore les sachets de thé. Et les cuillères.

Je suis fan des objets quotidiens, et c est plus pratique que d être fan de Lady Gaga. Je vois mes idoles quotidiennement pour pas très cher. 

TEXTE III/III – Contrôle

 
Etre à l endroit où il faut, au moment où il faut, c est une sensation qu on a parfois. On l’a eu ce soir là.
Où l a t elle emmené ? Qu est ce que c était que cette soirée, que ce lieu… Dans sa tête les questions passent, mais ne s arrêtent pas.

Notre corps est la toile où se peignent nos désirs.

Les souvenirs de la nuit qui s effacent laissent, dans le corps de Walpur, une certitude de titane. Ces dunes de sable poussées par le blizzard et ramassés par les sursauts de la terre. Le royaume des émotions. Les dunes de sable sont les vrais piliers, de la voûte de sa vie.

On passe sous le pont de Bercy. On rentre chez lui.
Les lueurs d une ambulance. Nos nuques qui se tordent. Le bitume recueille le puzzle d un scooter. Sans se retourner le drap blanc cache le visage.
Sous le pont de Bercy, un homme est mort. Sous le pont de Bercy, le contrôle de sa vie ressemble à une illusion. Un passe temps entre deux moments de grâce.
Le contrôle est une planche tendue au dessus du précipice. On ne vit vraiment que sur la crête des falaises.
On ne vit vraiment que sur la crête des falaises.
Mais lorsque l on danse sur les falaises, les falaises s écroulent. Les crêtes s émiettent, les roches se fendent. Vite, on retend une planche. Contreplaquée de vie. On avance en équilibre, en attendant.
En attendant, le prochain instant.
Site d’Instant de Grâce
Texte I/III - Désir
Texte II/III - Conscience

TEXTE III/III – Contrôle

 

Etre à l endroit où il faut, au moment où il faut, c est une sensation qu on a parfois. On l’a eu ce soir là.

Où l a t elle emmené ? Qu est ce que c était que cette soirée, que ce lieu… Dans sa tête les questions passent, mais ne s arrêtent pas.

Notre corps est la toile où se peignent nos désirs.

Les souvenirs de la nuit qui s effacent laissent, dans le corps de Walpur, une certitude de titane. Ces dunes de sable poussées par le blizzard et ramassés par les sursauts de la terre. Le royaume des émotions. Les dunes de sable sont les vrais piliers, de la voûte de sa vie.

On passe sous le pont de Bercy. On rentre chez lui.

Les lueurs d une ambulance. Nos nuques qui se tordent. Le bitume recueille le puzzle d un scooter. Sans se retourner le drap blanc cache le visage.

Sous le pont de Bercy, un homme est mort. Sous le pont de Bercy, le contrôle de sa vie ressemble à une illusion. Un passe temps entre deux moments de grâce.

Le contrôle est une planche tendue au dessus du précipice. On ne vit vraiment que sur la crête des falaises.

On ne vit vraiment que sur la crête des falaises.

Mais lorsque l on danse sur les falaises, les falaises s écroulent. Les crêtes s émiettent, les roches se fendent. Vite, on retend une planche. Contreplaquée de vie. On avance en équilibre, en attendant.

En attendant, le prochain instant.

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Texte I/III - Désir

Texte II/III - Conscience

TEXTE II/III – Conscience

 
Dans sa tête, Walpur retrace le fil. Depuis les vacances en Ecosse, le festival à La Rochelle, ça fait deux ans. Deux ans qu on ne s est pas vu, lui et moi. Walpur et Léa.
Le trottoir lui défile dessous tandis qu il va à ma rencontre. Il tape le code en bas du 47. Six étages plus haut, il pousse la porte d un appartement enfumé. On dirait une reconstitution de la seconde guerre mondiale. Il s enfonce dans un canapé. Il attend qu on jette des grenades, mais tout le monde a l air stone. Leur yeux essaient de se cacher sous leur paupières comme des tortues qui prennent peur. Je sors de la cuisine. Collier de perles bleues, jupe blanche, et sourire immense, elle trop belle, il pense. Il est surpris de me trouver belle, parce qu avant je dormais dans la rue. J avais pas l air d une clocharde mais j avais l air franchement roots, voire plus.
J avais toujours dans mon eastpak un philosophie magazine. Quand le soir je me recroquevillais au creux des parcs publiques fermés et éteints, je mettais le magazine sous mes hanches pour m isoler du sol et mon sac sous la tête. Maintenant, je suis architecte dans une petite boite à Nantes. On a grandi. Je m enfonce dans le canapé.
Les paroles s enchainent, on se raconte tout, tout, tout. On est surpris, nos mots se mangent, nos gestes s emballent, on finit l idée de l autre. Rien n a changé.

Il est bien là, il oublie le jacuzzi. Il oublie Nadia et le moustachu. Les seins de l italienne, enfin presque. Il est bien avec moi. Juste une amie, après minuit. Une amie qui commence a trouver que cet appart sent un peu la mort.
- Hey, ça te dit pas on s arrache?
- Ouais ? Ok.
Alors, on s arrachait.
- Je connais un lieu un peu underground, c est pour ça que je suis venue en ville, en fait. Je remets mon manteau, dessus il y a une broche en forme de paon. Ça pourrait te plaire je pense.
Le trottoir s est remis à défilé sous ses pieds. Les ruelles s enchainent. Dans l échiquier qu elles forment dans sa tête, il oublie d où il est venu.
Une porte basse en bois, dans une ruelle en pente, je toque. Trois coups longs, un temps. Un coups long. On nous ouvre. On rentre.

//:
Dans ce lieu, je ne peux pas dire ce qu il s est passé, mais je peux dire ce que Walpur y a ressenti. Excusez moi du secret.

C est une question que l on pourrait poser, d ailleurs. Pourquoi il y a secret là où il y a beauté, là où il y a connaissance, là où il y a expérience?
L expérience est intransmissible. On ne peut indiquer le chemin. Il n y a qu une seule porte, mais celle ci existe différemment pour chacun d entre nous.
D où je suis, je fais deux pas en avant et trois sur la gauche, je sors. Si je t indique la porte. Toi, d où tu es, tu fais deux pas en avant et trois sur la gauche, tu ne sors pas.
Je ne sais pas où tu es. Je ne peux pas te dire où est la porte.
//:

Dans ce lieu avec moi, il a vu des choses, a rencontré des gens, on a dansé et à un moment il a compris.
A un moment, c est arrivé.
Une semaine, la nuit a duré. Une semaine.
Il était là au milieu de tous pas si différent mais la liberté s exhalait. Lui, il exhalait la vie. Comme vous, mais en plus.

Il respire avec ses yeux.
Il pense avec sa peau.
Sa conscience a envahit ses pores. Tous son corps palpite comme un coeur, comme un grand coeur qui rit en rythme. Son être entier aligné, immobile et heureux. Le désir, son désir lui a indiqué le chemin vers ce moment de grâce.
Sur sa peau vibre en rythme l intérieur de la beauté de cette meuf, avec qui tous les murs sont tombés. Et l âme se prélasse. 
Il n a rien pris pourtant, putain. Il a l impression d être high. Mais en mieux.

Son corps est la toile où se peignent ses désirs.

Ce désir universel de tous les gens qu il a croisé ce soir, l envahit. D un seul coup, tous avec leurs sourires adorables, avec leur moustache de con, avec leur yeux bleus de capitaine, avec leur tétons durs et leurs mots noircis de désillusion. Tout à la fois, comme un barrage qui s ouvre en apesanteur.
Les vannes de l amour se sont suspendues. Où bien elles sont peut être toujours là, mais alors lui il serait de l autre côté. Il baigne. Son corps tremble, vibre. On a déjà plus nos vêtements. 
On a mis de la musique, des gens ou peut être lui. Des classiques, du rétro et de l indé. On bouge dans leurs corps. Il fait l amour au canapé. Parfois il me voit, Léa, je tourne à l infini. Un dervish tourneur à poil en fille. Je suis belle, mais il s en fout. Il ne me voit plus.
Il éternue dans l immensité de l instant présent.

#club #bunker #transes #gourouélectroniques. Nouveau sanctuaire de la ville. Spiritualité moderne. Accélérateur de conscience.
Conscience et désir créent les états de grâce.

Là, il communique. Avec lui. Avec un autre. Avec tous les autres, il ne sait pas. Il est ouvert, les choses passent. Il apprend.
Chaque émotion est un pic. Le crachas d un volcan, déclenché par une alchimie souterraine qu il lui faut découvrir. Carte au trésor quotidienne, la vie est un jeu. Dans le monde des sensations, des émotions, il n y a pas de menteur. Il n y a pas de beau parleur, de langue froide, ou de regard calculé. Dans le monde des émotions, il n y a que les dunes de l existence. Brassées par le blizzard céleste et les tectoniques souterraines.
Il était très mental. C était bien, c était peu. Il a laissé le mental. Os de seiche séché au soleil. Ses traces de pas dans le sable s éloignent. Physico spirituel. Il est un corps vibrant. Oui. Il est le corps vibrant.

Un canapé. Le temps qui se tait laisse éclore l instant. La métamorphose s amorce. Métamorphose des sens. Métamorphose du coeur.
Métamorphose.
Il a laissé le mental, os de seiche séché au soleil.
Ses traces de pas dans le sable s éloignent.
Physico spirituel. Il est un corps vibrant. Oui.
Il est le corps vibrant.

A suivre…

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Texte I/III - Désir

TEXTE II/III – Conscience

 

Dans sa tête, Walpur retrace le fil. Depuis les vacances en Ecosse, le festival à La Rochelle, ça fait deux ans. Deux ans qu on ne s est pas vu, lui et moi. Walpur et Léa.

Le trottoir lui défile dessous tandis qu il va à ma rencontre. Il tape le code en bas du 47. Six étages plus haut, il pousse la porte d un appartement enfumé. On dirait une reconstitution de la seconde guerre mondiale. Il s enfonce dans un canapé. Il attend qu on jette des grenades, mais tout le monde a l air stone. Leur yeux essaient de se cacher sous leur paupières comme des tortues qui prennent peur. Je sors de la cuisine. Collier de perles bleues, jupe blanche, et sourire immense, elle trop belle, il pense. Il est surpris de me trouver belle, parce qu avant je dormais dans la rue. J avais pas l air d une clocharde mais j avais l air franchement roots, voire plus.

J avais toujours dans mon eastpak un philosophie magazine. Quand le soir je me recroquevillais au creux des parcs publiques fermés et éteints, je mettais le magazine sous mes hanches pour m isoler du sol et mon sac sous la tête. Maintenant, je suis architecte dans une petite boite à Nantes. On a grandi. Je m enfonce dans le canapé.

Les paroles s enchainent, on se raconte tout, tout, tout. On est surpris, nos mots se mangent, nos gestes s emballent, on finit l idée de l autre. Rien n a changé.

Il est bien là, il oublie le jacuzzi. Il oublie Nadia et le moustachu. Les seins de l italienne, enfin presque. Il est bien avec moi. Juste une amie, après minuit. Une amie qui commence a trouver que cet appart sent un peu la mort.

- Hey, ça te dit pas on s arrache?

- Ouais ? Ok.

Alors, on s arrachait.

- Je connais un lieu un peu underground, c est pour ça que je suis venue en ville, en fait. Je remets mon manteau, dessus il y a une broche en forme de paon. Ça pourrait te plaire je pense.

Le trottoir s est remis à défilé sous ses pieds. Les ruelles s enchainent. Dans l échiquier qu elles forment dans sa tête, il oublie d où il est venu.

Une porte basse en bois, dans une ruelle en pente, je toque. Trois coups longs, un temps. Un coups long. On nous ouvre. On rentre.

//:

Dans ce lieu, je ne peux pas dire ce qu il s est passé, mais je peux dire ce que Walpur y a ressenti. Excusez moi du secret.

C est une question que l on pourrait poser, d ailleurs. Pourquoi il y a secret là où il y a beauté, là où il y a connaissance, là où il y a expérience?

L expérience est intransmissible. On ne peut indiquer le chemin. Il n y a qu une seule porte, mais celle ci existe différemment pour chacun d entre nous.

D où je suis, je fais deux pas en avant et trois sur la gauche, je sors. Si je t indique la porte. Toi, d où tu es, tu fais deux pas en avant et trois sur la gauche, tu ne sors pas.

Je ne sais pas où tu es. Je ne peux pas te dire où est la porte.

//:

Dans ce lieu avec moi, il a vu des choses, a rencontré des gens, on a dansé et à un moment il a compris.

A un moment, c est arrivé.

Une semaine, la nuit a duré. Une semaine.

Il était là au milieu de tous pas si différent mais la liberté s exhalait. Lui, il exhalait la vie. Comme vous, mais en plus.

Il respire avec ses yeux.

Il pense avec sa peau.

Sa conscience a envahit ses pores. Tous son corps palpite comme un coeur, comme un grand coeur qui rit en rythme. Son être entier aligné, immobile et heureux. Le désir, son désir lui a indiqué le chemin vers ce moment de grâce.

Sur sa peau vibre en rythme l intérieur de la beauté de cette meuf, avec qui tous les murs sont tombés. Et l âme se prélasse. 

Il n a rien pris pourtant, putain. Il a l impression d être high. Mais en mieux.

Son corps est la toile où se peignent ses désirs.

Ce désir universel de tous les gens qu il a croisé ce soir, l envahit. D un seul coup, tous avec leurs sourires adorables, avec leur moustache de con, avec leur yeux bleus de capitaine, avec leur tétons durs et leurs mots noircis de désillusion. Tout à la fois, comme un barrage qui s ouvre en apesanteur.

Les vannes de l amour se sont suspendues. Où bien elles sont peut être toujours là, mais alors lui il serait de l autre côté. Il baigne. Son corps tremble, vibre. On a déjà plus nos vêtements. 

On a mis de la musique, des gens ou peut être lui. Des classiques, du rétro et de l indé. On bouge dans leurs corps. Il fait l amour au canapé. Parfois il me voit, Léa, je tourne à l infini. Un dervish tourneur à poil en fille. Je suis belle, mais il s en fout. Il ne me voit plus.

Il éternue dans l immensité de l instant présent.

#club #bunker #transes #gourouélectroniques. Nouveau sanctuaire de la ville. Spiritualité moderne. Accélérateur de conscience.

Conscience et désir créent les états de grâce.

Là, il communique. Avec lui. Avec un autre. Avec tous les autres, il ne sait pas. Il est ouvert, les choses passent. Il apprend.

Chaque émotion est un pic. Le crachas d un volcan, déclenché par une alchimie souterraine qu il lui faut découvrir. Carte au trésor quotidienne, la vie est un jeu. Dans le monde des sensations, des émotions, il n y a pas de menteur. Il n y a pas de beau parleur, de langue froide, ou de regard calculé. Dans le monde des émotions, il n y a que les dunes de l existence. Brassées par le blizzard céleste et les tectoniques souterraines.

Il était très mental. C était bien, c était peu. Il a laissé le mental. Os de seiche séché au soleil. Ses traces de pas dans le sable s éloignent. Physico spirituel. Il est un corps vibrant. Oui. Il est le corps vibrant.

Un canapé. Le temps qui se tait laisse éclore l instant. La métamorphose s amorce. Métamorphose des sens. Métamorphose du coeur.

Métamorphose.

Il a laissé le mental, os de seiche séché au soleil.

Ses traces de pas dans le sable s éloignent.

Physico spirituel. Il est un corps vibrant. Oui.

Il est le corps vibrant.

A suivre…

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Texte I/III - Désir

TEXTE I / III
Désir

 
On est vendredi soir. Les planches en bois de la terrasse du Wanderlust exhalent les senteurs de la douce journée d été qui vient de passer. Les flux boisés se dispersent dans le vent humide de Paris.
En contrebas du mur de videur, Walpur se range dans la file. Remet sa mèche, sur la droite. Pantalon en toile retroussé sur des chaussettes colorés. Chemise boutonnée haute, mais pas en entier. Il allait rentré, c était sur. De toutes façons, il fallait qu il rentre. Des collègues du taff l attendaient dedans. Parmi eux, Nadia. Petite, punchy et blonde, elle avait un sourire qui manquait vite lorqu il était loin. Il leur envoie un texto.
Merde.
Ils sont encore à l apéro chez Alice.
Slalomant entre les corps nocturnes, Walpur s oriente vers le bar.
- Hey, excuse moi t as pas du feu?
Il se retourne. Deux mecs affalés sur des transats, clope éteinte au bec, lui jettent un regard du dessous plein de cernes et d espoir. Walpur plonge sa main dans sa poche. Si, il avait du feu. Il leur tend. Les mots se lâchent. Une conversation s enflamme.

Ça va faire presqu un an que Walpur s est séparé de sa dernière copine. Ils sont restés quatre ans ensemble. Ça faisait un moment qu ils n étaient plus bien ni l un, ni l autre, mais ont mis longtemps à s en apercevoir. Ils se sont quitté d un commun accord, en regrettant de ne pas l avoir fait plus tôt. Il n avait même pas la rage et les regrets pour se consoler de la solitude qui suivie.
Nadia, c est la première fille qui lui plait vraiment depuis. Et quand Walpur passe à l épreuve de son esprit cette hypothétique relation, il se dit que ça pourrait bien marcher, peut être. Ils se sont vachement rapproché depuis quelques temps. La semaine dernière, ils sont allés à un concert ensemble. James Blake. C était top.

Au milieu des embruns de cigarettes et sous le clair de lune artificiel de Paris, Walpur attendait Nadia bercé par la voix éraillé de Victor. Victor, c était un des mecs au transat, celui qui parlait beaucoup.
Victor était ingénieur au chômage parti de sa boite de télécommunication il y a deux ans avec un gros chèque. Depuis, il travaillait à éroder son compte en banque à coup de soirée trop longues, d alcool et de rêves noircis. Soudain la voix percée par la fumée de Victor s arrète. Ce silence sort Walpur de ses pensées. Victor avait posé une question. Remontant le temps de sa mémoire, Walpur entend.
- T es de quelle année toi ?
Il répond 88. Victor est de 80, mais il dit que c est pareil. Il dit que c est la génération pourrie.
- Mais 88 ouais, toi, c est encore pire. T as grandi entre Tchernobyl, la chute du mur de Berlin et le 11 septembre. Le grand désert quoi. Finalement la crise c est le seul truc qui se passe vraiment. Ça doit être excitant non?
On lui répond, on ne lui répond pas, Victor s en fout. 88 avait déclenché une vague soudaine d un intêret que ni Walpur, ni son pote scotché au transat ne comprenaient tout à fait.
- Si les réincarnations existent, je voudrais me réincarner en rat Monsanto. Tu sais les rats qui sont tout déglingés là, gonflés par les OGM. Je voudrais renaître en rat Monsanto rien que pour la beauté du cynisme du truc, tu vois ?

Une fille tout droit sortie des années 80, perfecto de cuir et jean moulant, passe. Ses fesses qui tréssautent en cadence ont dropé une bombe qui a glacé la vague. Ils se taisent. Dedans eux un tremblement s amorce. Dans le bas du ventre. Dans le haut de la tête. Puis la fille disparait dans la foule. La banalité reprend le dessus. Victor, le premier à s en remettre, enchaine.
- Moi, je vis seul. Et ces mecs là…
Pris dans les tentacules d un assaillant imaginaire, il se défend en héros.
- … ces mecs là, qui disent que je suis déprimé, que j ai le spleen de la génération sacrifiée, c est des cons. Je suis cynique. Mais je trouve que c est sain, dans notre monde, d être cynique. Je n ai pas besoin de me complaire dans le respect de l autre que génère la honte d être seul. Je suis seul. Mais toi aussi. Et eux aussi. Facebook a mangé mon âme? A grignoté la corde qui me lie aux autres? Allez vous faire foutre. C est vous même qu avez pissé dans l eau des forêts de chanvre. Et comment on fait les cordes maintenant? Hein? Qui sont ceux qui blâment ?
Quand on était petits on nous a promis l Eldorado, mais ceux qui l annonçaient l avait déjà grignoté jusqu à l os. Les os de l Eldorado. Voila ce qui nous reste.

Génération sacrifiée. C est la deuxième fois que Walpur entend ça. La première, c était avec moi, Léa, j adorais cette expression. C est beau, d un romantisme noir je disais. Mais on était pas romantique, ni lui, ni moi.
Walpur profite que Victor reprenne sont souffle pour faire un tour sur le bord de la terrasse. Il sort son téléphone. Un twitt, à Léa.  #wanderlust, #paris, un mec enflammé défendait le cynisme salutaire de la génération sacrifiée, #unepenséepourtoi
Une péniche passe. Les reflets multicolores ondulent dans l eau électrique de la Seine. Il se demande s il est vraiment de cette génération, sacrifiée. Lui, il se sent plutôt bien. Par contre, il lui arrive parfois de trouver que le monde est lourd. Une lourdeur désagréable, et inutile.
Sa poche vibre. C est Léa. C est moi. Je suis sur paris. Walpur dit ‘c est fou ça’ deux ou trois fois. Ça fait des mois qu on ne s est pas vu, c est vrai. Peut être plus. Un café dans le week-end, on se dit, ok. Salut Léa. Salut.
Il se retourne. En fait les gens sur la terrasse ont aussi les lueurs de la nuit qui ondulent sur leurs visages. Multicolor. Montant les marches et se glissant entre les corps des videurs, il voit Nadia. Montant les marches et se glissant entre les corps des videurs,  il voit le mec qui tient le bras de Nadia. S arrète et la retient. Elle se retourne. Le mec passe son autre main derrière ses reins. Elle monte le visage, non merde, si. Ils s embrassent.
Walpur a mangé la distance qui le séparait d eux en un éclair rageux du coeur. Il leur dit bonjour. Paul, il s appelle. Paul. Il a une moustache. Il n y a pas plus hipster que ça, avoir une moustache. Elle embrasse un mec avec une moustache. Sa soirée commence à sentir la chèvre. Texto. A Léa. “ Ma soirée sent la chèvre, tu fais quoi ? ”

 
Walpur a laissé Nadia et Paul derrière lui. Il s est tapis à côté du bar, et discute avec un couple. Vieux, mais hyper classe. Chemise blanche, pantalon à pince sur moccassins marrons pour lui. Les cheveux blanc. Les yeux bleus, la machoîre fine. On a l impression qu il a été capitaine de navire au temps des pirates et que depuis il s est reconverti dans l industrie du textile sur la côte atlantique. Il sent l ailleurs.
Mais il a raison quand on est vieux il faut être classe, Walpur se dit ça. Quand on est jeune encore on peut s habiller à l arrache. Ça contraste avec la beauté de notre jeunesse. Mais si on est vieux, et qu on s habille mal, alors non là, ça fait sale. Ce mec là entre Jan Lauwers et Mikhaïl Barychnikov, il est ultra classe.
Quand il sera vieux, Walpur voudrait être classe comme ce mec. Quand il aura l âge de parler de Norman fait des vidéos à un mec au taff, un peu plus jeune, mais pas non plus si plus jeune que ça et que ce mec, du taff, lui répondra “ euh, Norman quoi ? ”, alors ce sera le moment.
Il n aura plus le filet de sécurité de la jeunesse pour faire éclore son désir. Il sera prêt. Il aura des gants noirs, un long manteau, ses cheveux blancs bien taillés, peut être un chapeau.
Il sera élégant et draguera des petits jeunes comme lui dans des bars semi branchés. Car oui, entre leurs mots à bulles, le couple lui propose d aller en after dans l appartement d un ami. Jacuzzi. Ah jacuzzi. Ils lui proposent un jacuzzi avec eux. Ouh. C est chaud ça. Walpur regarde la meuf plus attentivement.
Elle aussi est belle, brune la peau bronzée, la robe noire et les 45 ans passés. Elle a le calme des meufs comblées. Un grain de beauté qui sonne faux en haut de sa lèvre. A la Cindy Crawford un peu. Ça lui donne un petit côté vintage complètement adorable. Elle a une poitrine, une poitrine … énorme. Sans soutif, qui tombe pas, enfin juste assez pour faire vrai. Elle a les seins de Monica Bellucci.
Il s imagine dans le jacuzzi. C est pas mal.
Texto. C est Léa. C est moi. “ 47 rue de la Boétie, tu viens ? “
Walpur a envie d embrasser l italienne au grain de beauté. Il descend de son tabouret, les regarde.
Il se met a parler. Comme c est la première fois depuis leur rencontre que Walpur parle autant les deux autres écoutent attentivement sans s en rendre compte. On écoute l homme silencieux bien plus qu on n écoute un homme bavard. Walpur périphrase avec retenu sur le fait que comme quoi lui, pour partager un jacuzzi avec quelqu un il aurait besoin de savoir quelque chose d intime avant. Appeler l intime de l autre comme des ailes pour que son coeur à lui s échappe ailleurs. Que sa sensibilité se suspende et que l autre se fasse proie, se fasse miroir de sa grandeur, de sa valeur. Se sentir désiré n est pas suffisant. Il faut trouver la faille de l autre, le truc dont on se fout mais que l autre s il le dit, le fera se sentir proche, percé, déstabilisé, touché, attiré. Walpur savait les règles de ce jeu. Le jeu du magnétisme des solitudes. Walpur les déroule avec élégance et désinvolture.
- Vous marchez à quoi ? Qu est ce qui vous boost? Dans la vie. Au fond de vous mêmes. Les voyages, l argent, le sexe, la reconnaissance.. Au fond du dedans de vous… Y’a quoi?
Le mec rit. Boit une gorgée de son mojito déjà un peu tiède. L italienne sourit, effleure de sa main les hanches de son pirate. Les yeux bleus amers du mecs répondent “ Le Désir”.
Ce regard est une permission. Le pirate s appuie contre le bar. Ce micro mouvement de retrait qui suffit au ventre de Walpur ultra attentif pour lâcher le désir. Lever la porte. Ça tremble, quelque part.
Il regarde l italienne. Pose le bout de ses doigts sur son épaule. Doucement sur la peau, juste avant la cordelette de sa robe.
Le tremblement de son ventre remonte dans son épaule. Coule le long de son bras. Sa main glisse vers le haut du cou de Monica, derrière l oreille, et s emprisonne dans les cheveux noirs. Leurs lèvres se touchent. Brisent le vernis du jeu de l attraction. Il n y a plus de mocassin. Plus de faux grains de beauté. Il sont chauds, ouverts, fragiles.
Elle sait que son mec la regarde. Elle sait qu il aime ça. Elle est peut être partagée dans ses pensées, entre être l objet du désir du pirate et être le sujet du baiser de Walpur.
Walpur ne pense qu à ses seins. A ce moment où le baiser sera assez avancé, pour que ses mains puissent les rejoindre. Les lèvres sont des nacelles. Irrésistiblement à mesure que s entremêlent les méduses de leurs bouches, qu ils avancent parmi les cumulus, les bustes se pressent. Sa main gauche s envole. L hélium brûle. Ils ont une texture incroyable.
Ses seins.
Y a t il quelque chose de plus doux sur terre qui donne envie d autant de violence? Sa main droite se promène sur la crête des vaguelettes de ses côtes, au dessus de sa poitrine. Les vaguelettes l excitent. Elles répondent à l ascension de la pointe de ses seins, durs sous sa robe. Elle a choisi. Elle est le sujet du baiser. Quelque part, il a gagné. Il se rappelle qu elle n a pas de soutif. Il a envie de voir ses tétons déformer le tissu.
Les lèvres s éloignent, les mains se rétractent.
Il attend dix secondes et dit.
- Finalement… un jacuzzi… pourquoi pas. Je vais au toilette et on y va ?
Le pirate prince du textile a repassé un bras autour de son italienne. Son regard s est fait doux et profond. Il est déstabilisé, touché. Attiré.
Walpur s éloigne. Une certaine sensation de victoire plane.
En ressortant des toilettes, il prend la direction de la sortie.
47 Rue de la Boétie.
Ce soir il a envie de quelque chose de plus vivant qu un couple qui ne se suffit pas à lui même. Et puis, il a toujours préféré aller là où il ne savait pas comment ça allait se terminer.

A suivre..

Site d’Instant de Grâce

 

TEXTE I / III

Désir

 

On est vendredi soir. Les planches en bois de la terrasse du Wanderlust exhalent les senteurs de la douce journée d été qui vient de passer. Les flux boisés se dispersent dans le vent humide de Paris.

En contrebas du mur de videur, Walpur se range dans la file. Remet sa mèche, sur la droite. Pantalon en toile retroussé sur des chaussettes colorés. Chemise boutonnée haute, mais pas en entier. Il allait rentré, c était sur. De toutes façons, il fallait qu il rentre. Des collègues du taff l attendaient dedans. Parmi eux, Nadia. Petite, punchy et blonde, elle avait un sourire qui manquait vite lorqu il était loin. Il leur envoie un texto.

Merde.

Ils sont encore à l apéro chez Alice.

Slalomant entre les corps nocturnes, Walpur s oriente vers le bar.

- Hey, excuse moi t as pas du feu?

Il se retourne. Deux mecs affalés sur des transats, clope éteinte au bec, lui jettent un regard du dessous plein de cernes et d espoir. Walpur plonge sa main dans sa poche. Si, il avait du feu. Il leur tend. Les mots se lâchent. Une conversation s enflamme.

Ça va faire presqu un an que Walpur s est séparé de sa dernière copine. Ils sont restés quatre ans ensemble. Ça faisait un moment qu ils n étaient plus bien ni l un, ni l autre, mais ont mis longtemps à s en apercevoir. Ils se sont quitté d un commun accord, en regrettant de ne pas l avoir fait plus tôt. Il n avait même pas la rage et les regrets pour se consoler de la solitude qui suivie.

Nadia, c est la première fille qui lui plait vraiment depuis. Et quand Walpur passe à l épreuve de son esprit cette hypothétique relation, il se dit que ça pourrait bien marcher, peut être. Ils se sont vachement rapproché depuis quelques temps. La semaine dernière, ils sont allés à un concert ensemble. James Blake. C était top.

Au milieu des embruns de cigarettes et sous le clair de lune artificiel de Paris, Walpur attendait Nadia bercé par la voix éraillé de Victor. Victor, c était un des mecs au transat, celui qui parlait beaucoup.

Victor était ingénieur au chômage parti de sa boite de télécommunication il y a deux ans avec un gros chèque. Depuis, il travaillait à éroder son compte en banque à coup de soirée trop longues, d alcool et de rêves noircis. Soudain la voix percée par la fumée de Victor s arrète. Ce silence sort Walpur de ses pensées. Victor avait posé une question. Remontant le temps de sa mémoire, Walpur entend.

- T es de quelle année toi ?

Il répond 88. Victor est de 80, mais il dit que c est pareil. Il dit que c est la génération pourrie.

- Mais 88 ouais, toi, c est encore pire. T as grandi entre Tchernobyl, la chute du mur de Berlin et le 11 septembre. Le grand désert quoi. Finalement la crise c est le seul truc qui se passe vraiment. Ça doit être excitant non?

On lui répond, on ne lui répond pas, Victor s en fout. 88 avait déclenché une vague soudaine d un intêret que ni Walpur, ni son pote scotché au transat ne comprenaient tout à fait.

- Si les réincarnations existent, je voudrais me réincarner en rat Monsanto. Tu sais les rats qui sont tout déglingés là, gonflés par les OGM. Je voudrais renaître en rat Monsanto rien que pour la beauté du cynisme du truc, tu vois ?

Une fille tout droit sortie des années 80, perfecto de cuir et jean moulant, passe. Ses fesses qui tréssautent en cadence ont dropé une bombe qui a glacé la vague. Ils se taisent. Dedans eux un tremblement s amorce. Dans le bas du ventre. Dans le haut de la tête. Puis la fille disparait dans la foule. La banalité reprend le dessus. Victor, le premier à s en remettre, enchaine.

- Moi, je vis seul. Et ces mecs là…

Pris dans les tentacules d un assaillant imaginaire, il se défend en héros.

- … ces mecs là, qui disent que je suis déprimé, que j ai le spleen de la génération sacrifiée, c est des cons. Je suis cynique. Mais je trouve que c est sain, dans notre monde, d être cynique. Je n ai pas besoin de me complaire dans le respect de l autre que génère la honte d être seul. Je suis seul. Mais toi aussi. Et eux aussi. Facebook a mangé mon âme? A grignoté la corde qui me lie aux autres? Allez vous faire foutre. C est vous même qu avez pissé dans l eau des forêts de chanvre. Et comment on fait les cordes maintenant? Hein? Qui sont ceux qui blâment ?

Quand on était petits on nous a promis l Eldorado, mais ceux qui l annonçaient l avait déjà grignoté jusqu à l os. Les os de l Eldorado. Voila ce qui nous reste.

Génération sacrifiée. C est la deuxième fois que Walpur entend ça. La première, c était avec moi, Léa, j adorais cette expression. C est beau, d un romantisme noir je disais. Mais on était pas romantique, ni lui, ni moi.

Walpur profite que Victor reprenne sont souffle pour faire un tour sur le bord de la terrasse. Il sort son téléphone. Un twitt, à Léa.  #wanderlust, #paris, un mec enflammé défendait le cynisme salutaire de la génération sacrifiée, #unepenséepourtoi

Une péniche passe. Les reflets multicolores ondulent dans l eau électrique de la Seine. Il se demande s il est vraiment de cette génération, sacrifiée. Lui, il se sent plutôt bien. Par contre, il lui arrive parfois de trouver que le monde est lourd. Une lourdeur désagréable, et inutile.

Sa poche vibre. C est Léa. C est moi. Je suis sur paris. Walpur dit ‘c est fou ça’ deux ou trois fois. Ça fait des mois qu on ne s est pas vu, c est vrai. Peut être plus. Un café dans le week-end, on se dit, ok. Salut Léa. Salut.

Il se retourne. En fait les gens sur la terrasse ont aussi les lueurs de la nuit qui ondulent sur leurs visages. Multicolor. Montant les marches et se glissant entre les corps des videurs, il voit Nadia. Montant les marches et se glissant entre les corps des videurs,  il voit le mec qui tient le bras de Nadia. S arrète et la retient. Elle se retourne. Le mec passe son autre main derrière ses reins. Elle monte le visage, non merde, si. Ils s embrassent.

Walpur a mangé la distance qui le séparait d eux en un éclair rageux du coeur. Il leur dit bonjour. Paul, il s appelle. Paul. Il a une moustache. Il n y a pas plus hipster que ça, avoir une moustache. Elle embrasse un mec avec une moustache. Sa soirée commence à sentir la chèvre. Texto. A Léa. “ Ma soirée sent la chèvre, tu fais quoi ? ”

 

Walpur a laissé Nadia et Paul derrière lui. Il s est tapis à côté du bar, et discute avec un couple. Vieux, mais hyper classe. Chemise blanche, pantalon à pince sur moccassins marrons pour lui. Les cheveux blanc. Les yeux bleus, la machoîre fine. On a l impression qu il a été capitaine de navire au temps des pirates et que depuis il s est reconverti dans l industrie du textile sur la côte atlantique. Il sent l ailleurs.

Mais il a raison quand on est vieux il faut être classe, Walpur se dit ça. Quand on est jeune encore on peut s habiller à l arrache. Ça contraste avec la beauté de notre jeunesse. Mais si on est vieux, et qu on s habille mal, alors non là, ça fait sale. Ce mec là entre Jan Lauwers et Mikhaïl Barychnikov, il est ultra classe.

Quand il sera vieux, Walpur voudrait être classe comme ce mec. Quand il aura l âge de parler de Norman fait des vidéos à un mec au taff, un peu plus jeune, mais pas non plus si plus jeune que ça et que ce mec, du taff, lui répondra “ euh, Norman quoi ? ”, alors ce sera le moment.

Il n aura plus le filet de sécurité de la jeunesse pour faire éclore son désir. Il sera prêt. Il aura des gants noirs, un long manteau, ses cheveux blancs bien taillés, peut être un chapeau.

Il sera élégant et draguera des petits jeunes comme lui dans des bars semi branchés. Car oui, entre leurs mots à bulles, le couple lui propose d aller en after dans l appartement d un ami. Jacuzzi. Ah jacuzzi. Ils lui proposent un jacuzzi avec eux. Ouh. C est chaud ça. Walpur regarde la meuf plus attentivement.

Elle aussi est belle, brune la peau bronzée, la robe noire et les 45 ans passés. Elle a le calme des meufs comblées. Un grain de beauté qui sonne faux en haut de sa lèvre. A la Cindy Crawford un peu. Ça lui donne un petit côté vintage complètement adorable. Elle a une poitrine, une poitrine … énorme. Sans soutif, qui tombe pas, enfin juste assez pour faire vrai. Elle a les seins de Monica Bellucci.

Il s imagine dans le jacuzzi. C est pas mal.

Texto. C est Léa. C est moi. “ 47 rue de la Boétie, tu viens ? “

Walpur a envie d embrasser l italienne au grain de beauté. Il descend de son tabouret, les regarde.

Il se met a parler. Comme c est la première fois depuis leur rencontre que Walpur parle autant les deux autres écoutent attentivement sans s en rendre compte. On écoute l homme silencieux bien plus qu on n écoute un homme bavard. Walpur périphrase avec retenu sur le fait que comme quoi lui, pour partager un jacuzzi avec quelqu un il aurait besoin de savoir quelque chose d intime avant. Appeler l intime de l autre comme des ailes pour que son coeur à lui s échappe ailleurs. Que sa sensibilité se suspende et que l autre se fasse proie, se fasse miroir de sa grandeur, de sa valeur. Se sentir désiré n est pas suffisant. Il faut trouver la faille de l autre, le truc dont on se fout mais que l autre s il le dit, le fera se sentir proche, percé, déstabilisé, touché, attiré. Walpur savait les règles de ce jeu. Le jeu du magnétisme des solitudes. Walpur les déroule avec élégance et désinvolture.

- Vous marchez à quoi ? Qu est ce qui vous boost? Dans la vie. Au fond de vous mêmes. Les voyages, l argent, le sexe, la reconnaissance.. Au fond du dedans de vous… Y’a quoi?

Le mec rit. Boit une gorgée de son mojito déjà un peu tiède. L italienne sourit, effleure de sa main les hanches de son pirate. Les yeux bleus amers du mecs répondent “ Le Désir”.

Ce regard est une permission. Le pirate s appuie contre le bar. Ce micro mouvement de retrait qui suffit au ventre de Walpur ultra attentif pour lâcher le désir. Lever la porte. Ça tremble, quelque part.

Il regarde l italienne. Pose le bout de ses doigts sur son épaule. Doucement sur la peau, juste avant la cordelette de sa robe.

Le tremblement de son ventre remonte dans son épaule. Coule le long de son bras. Sa main glisse vers le haut du cou de Monica, derrière l oreille, et s emprisonne dans les cheveux noirs. Leurs lèvres se touchent. Brisent le vernis du jeu de l attraction. Il n y a plus de mocassin. Plus de faux grains de beauté. Il sont chauds, ouverts, fragiles.

Elle sait que son mec la regarde. Elle sait qu il aime ça. Elle est peut être partagée dans ses pensées, entre être l objet du désir du pirate et être le sujet du baiser de Walpur.

Walpur ne pense qu à ses seins. A ce moment où le baiser sera assez avancé, pour que ses mains puissent les rejoindre. Les lèvres sont des nacelles. Irrésistiblement à mesure que s entremêlent les méduses de leurs bouches, qu ils avancent parmi les cumulus, les bustes se pressent. Sa main gauche s envole. L hélium brûle. Ils ont une texture incroyable.

Ses seins.

Y a t il quelque chose de plus doux sur terre qui donne envie d autant de violence? Sa main droite se promène sur la crête des vaguelettes de ses côtes, au dessus de sa poitrine. Les vaguelettes l excitent. Elles répondent à l ascension de la pointe de ses seins, durs sous sa robe. Elle a choisi. Elle est le sujet du baiser. Quelque part, il a gagné. Il se rappelle qu elle n a pas de soutif. Il a envie de voir ses tétons déformer le tissu.

Les lèvres s éloignent, les mains se rétractent.

Il attend dix secondes et dit.

- Finalement… un jacuzzi… pourquoi pas. Je vais au toilette et on y va ?

Le pirate prince du textile a repassé un bras autour de son italienne. Son regard s est fait doux et profond. Il est déstabilisé, touché. Attiré.

Walpur s éloigne. Une certaine sensation de victoire plane.

En ressortant des toilettes, il prend la direction de la sortie.

47 Rue de la Boétie.

Ce soir il a envie de quelque chose de plus vivant qu un couple qui ne se suffit pas à lui même. Et puis, il a toujours préféré aller là où il ne savait pas comment ça allait se terminer.

A suivre..

Site d’Instant de Grâce

 

Deux petits abats jour attendent sur l étagère. L un en sachets de thé. L autre avec une volute de plâtre. Je n ai pas encore trouvé le pied des lampes qu ils deviendront. Mais eux, ils sont prêts. Comme en transit entre deux états, ils attendent. C est le moment que je préfère. De toutes choses, je préfère le moment où on a commencé le chemin mais que tout est encore devant. Je préfère le matin. Chaque projet, idée, bricolage est comme un petit monde, avec plusieurs étapes, plusieurs cycles, plusieurs journées, plusieurs matins. J aime les premiers rayons de chacun de ces matins.

Deux petits abats jour attendent sur l étagère. L un en sachets de thé. L autre avec une volute de plâtre. Je n ai pas encore trouvé le pied des lampes qu ils deviendront. Mais eux, ils sont prêts. Comme en transit entre deux états, ils attendent. C est le moment que je préfère. De toutes choses, je préfère le moment où on a commencé le chemin mais que tout est encore devant. Je préfère le matin. Chaque projet, idée, bricolage est comme un petit monde, avec plusieurs étapes, plusieurs cycles, plusieurs journées, plusieurs matins. J aime les premiers rayons de chacun de ces matins.

La conscience c est le fil de la raison qui se dénoue.

La conscience c est le fil de la raison qui se dénoue.

Trois images et quelques lignes, une nano story.

Nano story #1 

// Le lait

Une goutte. Deux goutte. Trois goutte.

Monsieur a des manies, monsieur a des manies qu elle disait en passant la porte, pour la dernière fois. Quitté qu elle disait. Vouloir ça. Le mariage tout ça ce n était plus pour elle, pas de son âge. L agacement au coin des lèvres. Monsieur a des manies qui donnent le tournis. ‘L a passé la porte, puis peu à près, elle est morte. Peine à son âme. Il a toujours pensé que c était son jugement qui l avait tuée. Un poids trop lourd, embourbé sa cheville. Patatra.

Une goutte de lait. Deux goutte de lait. Trois goutte de lait.

Monsieur aimait savoir exactement combien de goutte contenaient ses verres. De lait, impair les jour pairs et pair les jour impairs. Equilibrer l anodin. 3687 gouttes. L immensité et la précision avaient pour fin sacrifice sa toutseulitude. 

Monsieur a des manies, monsieur a des manies qu elle disait. Oui mais monsieur, lui, est en vie. 

Une goutte de lait. Deux goutte de lait. Sourire.

Je vais bientôt faire une expo photo dans un bar à Paris. C est super comme expérience, ça me fait me poser plein de questions. Comment montrer une photo ou quelle atmosphère créer autour. 

Là, j ai fait un test via photoshop pour une idée de mini tirages d un cm de hauteur collés dans le creux d une cuillère. La cuillère comme un petit écrin ordinaire qui change notre regard sur la photo et la photo en retour, change notre vision de la cuillère.  

Je vais bientôt faire une expo photo dans un bar à Paris. C est super comme expérience, ça me fait me poser plein de questions. Comment montrer une photo ou quelle atmosphère créer autour. 

Là, j ai fait un test via photoshop pour une idée de mini tirages d un cm de hauteur collés dans le creux d une cuillère. La cuillère comme un petit écrin ordinaire qui change notre regard sur la photo et la photo en retour, change notre vision de la cuillère.