LE GARAGE DE LISO

L homme aux bras peupliers

Elle avait mis longtemps avant de pouvoir maitriser la puissance des hommes fauves. Ceux qui t attirent de loin, mais que t as peur de près. Une force que tu sais sans barrage. Sans calcul. La force brute qui s élève et s abat. Sur toi si t es là. Elle c était moi, mais on était pas toujours d accord. Enfin, on est au moins d accord pour ça. Les plus beaux rides, c est ceux exécutés avec classe sur la force brute. Sur le désir fauve de l homme élément. Le désir fauve peut te briser les côtes, tordre ton mât, exploser ta coque, mais peut aussi t offrir les plus belles vagues. Le crachat étincelant des grandes tempêtes. La jouissance du cataclysme. Quand l affrontement devient abandon. Quand l impulsion devient chute. Quand le saut devient libre.

J en étais là, à apprivoiser de loin quelles seraient mes chances de déclencher l irréversible. L homme fauve était adossé à la scène. Dans mon ventre, montaient des rêves de grandes vagues. Minimale berlinoise. Je m enfonçais dans les profondeurs de la transe. Mon chemin se frayait, l odeur de la mer montait. J ai pris mon sourire à deux mains et l ai jeté. Entre les tourbillons de mon corps, flottait ce petit poisson argenté. Je le guidais des yeux. Flottent les écailles et suspendues dans la nuit. C est tout ce que j avais.  Une odeur qui n était pas la mienne, entrait dans mon nez. Des algues fauves se rapprochaient. Sans hésitation. Des mains dans d autres mains. Des hanches contre d autres hanches. Des sexes qui s accrochent. Centre chaud de l univers bruyant.  Electronique en mouvement.

C est fou comme parfois les distances s évaporent. Le dance floor semblait être dans le prolongement direct de mon lit. On a roulé un peu sur le côté, j ai fermé les rideaux de ma chambre. Il braisait des yeux, j attisais du sein. Contact. Ouragan, cataclysme. Je dompte les forces. La mer se déchaine, je gère les courants. Pas trop loin, pas trop vite. Je réponds et m échappe. Attends un peu. Puis la barque a pris le pli, et dévale les creux. Les lattes craquent, s adaptent. La chaleur se répand et répond au roulis. Les bras peupliers émergent et m happent vers le fond. Je me laisse modeler. Tordre. Le poids me presse. Je vole sous le vent des mains qui me touchent. J ai donné mon mouvement. L ai lâché dans la mer qui l a englouti. Elle me le ressert. Elle m emmèle dans les draps. Parfois je respire, parfois pas. Ses orteils entre les miens, mes bras sous sa main, il a aspiré tous mes coins et mes lignes. L horizon et le souvenir. Je ne suis plus qu une fessière de fortune, arquée et je pars. Voyage immobile sur des mers en acier. Propulsée à l intérieur. Tournoyée. A chaque fois un peu plus. Je décroche.

Le ciel s engouffre. La voile se tend. Le tendu se répand. La mâchoire enclume échoue dans le creux de mon cou. Le bras de plâtre inerte, léché par les vagues de mon ventre. L amant se fait enfant. Les embruns sèchent. La force a repris forme. La forme a lâché mon mouvement. Mes pensées tournent. Je reprends mon compas et cartographie ma vie. Réinvoque mes ambitions, reconstitue mes rêves. Je regarde dormir, l homme aux bras peupliers. Et je pense. Sous la mâchoire enclume, je pense que j accepte la compression en échange de tendresse. J accepte les mots pour avoir la peau. La peur pour toucher l extrême. Le peuplier frémis. Les pensées tombent. Chaque corps a son langage. Chaque langage a ses codes. Je souffle sur les feuilles. Il y a sûrement des îles merveilleuses dont je me fous, que l on pourrait découvrir. Allez viens peuplier, lâche la forme et prend le vent. Aspire les nuages et tourmente la nuit. Fais glisser sur mon corps tout ce qui écorche les leurs. Allez viens peuplier. Repartir en voyage, les lèvres engluées. Les mots de la bouche ne parlent pas aux éléments. Claqués par la langue et acérés par les dents. Nan. Regarde peuplier. Ce sont les mots de mon sang. Ceux qui passent par mes pores et roulent sur ta peau. Des petites perles qui soufflent. Allez viens peuplier, le large nous appelle. Les mots tout ronds se prélassent sur les feuilles, peuplier se réveille.

 

  1. lisocassano posted this